Erik Decamp

Mountain Guide

July 2007

Cogne et conséquences


Hiver 2006, val de Cogne. J'ai choisi ce jour-là de proposer à mon client une séance technique sur une petite cascade propice aux apprentissages. Nous rencontrons un groupe d'alpinistes parisiens venus aussi se perfectionner en glace. Parmi eux, Yannick Michelat, qui m'enverra ultérieurement cette photo... et me propose de réaliser une interview pour une série qu'il réalise. De l'idée à la réalisation le chemin est long (l'interviewé n'est pas disponible au bon moment, etc, etc), mais voilà, aujourd'hui le face à face est en ligne sur http://yannick.michelat.free.fr/FaceAface.htm#04
Merci Yannick !

Le miroir final

Je n'étais pas allé au Miroir d'Argentine depuis si longtemps... Le souvenir indécis que j'en gardais comportait une ambiance d'alpage, le goût d'une longue escalade classique, et m'a donné envie d'en faire le théâtre de notre dernière journée. La longueur de la voie était la nouveauté, mes compagnons ne connaissaient pas encore l'impression que donne une paroi de 400 mètres, ni le fait d'enchaîner une quinzaine de longueurs. Nous voulions aussi avoir le temps de savourer ce moment, de revenir sur la semaine écoulée, de voir le chemin parcouru. Le sommet du Miroir nous a accueilli au milieu de lambeaux de nuages, l'accueil du refuge Giacomini et les eaux des Bains de Lavey ont fait le reste pour faire de ce jour un moment idéalement suspendu.

Un ciel habité

Etape suivante de notre périple de découverte : le Mont Blanc du Tacul. Encore une journée qui pourrait rester comme un souvenir "sans histoire", mais ce serait compter sans l'émerveillement de mes compagnons et sans ce plongeon matinal dans un univers de vent, de nuages et de lumière.

Oui, les belles journées ont une histoire


L'Eté Indien, vallon de Bérard, une magnifique voie qui, avec ses longueurs en V et VIa, est maintenant dans les possibilités techniques de Renaud et Stéphanie. Néanmoins l'expérience est nouvelle car il ne s'agit pas de courts passages, mais de longueurs entières au cours desquelles la concentration doit être au rendez-vous. Chaque pas demande de bien regarder, de s'équilibrer, de se placer, de chercher des appuis, de faire confiance à l'adhérence, de bien transférer son poids pour s'élever. Cela permet de se rendre compte à quel point, après avoir donné de l'influx pour franchir un passage difficile, on peut se trouver tout à coup mal à l'aide dans une section plus facile ; pour retrouver la concentration, il faut se reposer lorsque l'on trouve une position plus confortable, respirer, se rassembler. Nous essayons ainsi chaque jour d'aller vers des escalades qui proposent une expérience nouvelle et qui font insensiblement progresser.

Les belles journées ont-elles une histoire ?

L'Aiguille d'Entrèves offre une belle traversée, idéale pour découvrir le terrain de haute montagne en ayant tout le temps de le savourer. La présence du vide - si l'on peut s'exprimer ainsi - donne à la moindre difficulté technique un relief tout particulier. On peut passer du V en falaise, et être surpris par une fine arête en III ! Il y a là de quoi pulvériser quelques croyances sur ce que signifie un "acquis technique", lorsqu'il doit être mis en oeuvre dans un environnement impressionnant. Le beau temps n'a pas d'histoire, mais que ne voit-on sous le soleil ?

Dr Jimmy, dans quel sens dois-je mettre la photo ?

Dr Jimmy, nous sommes dans la voie qui porte ton nom, sous le soleil du val d'Aoste. Troisième jour (les deux premiers jours sont sur la page "news" du site en anglais), 10 longueurs en IV et V, avec de courts passages un peu plus coquins. La dalle est inclinée, mais que dit la photo ? D'où vient cette impression de vide qui semble bien loin de la réalité ? Il n'y a pas de trucage, le haut est en haut de l'image, le bas en bas. Plus de réel nous éloignerait-il du réel, à moins qu'il me rapproche de ce que perçoit un débutant, un grand vide là où je vois une aimable pente. Dr Jimmy, quelle orientation choisir ?

La beauté du monde, 2

Inutile, parfois, d'aller très loin pour marcher dans la beauté. Ce dimanche 22 était un jour indécis, l'un de ceux où l'on ne regrette pas de ne pas être parti, et où l'on se réjouit d'être allé voir malgré tout. Lorsque le voile se déchire, cette beauté-là est bien au-delà de celle qu'offre un ciel bleu uniforme. A quelques pas de la Pointe Helbronner, les nuages offraient le plus bel écrin aux Jorasses, aux Marbrées, à Rochefort.

La cordée et la cordée

Le club APM de Valenciennes a bien choisi son créneau : deux jours de beau temps dans un marais d'instabilité, c'est bien vu ! Cette fenêtre nous a permis de faire découvrir à ce groupe de 25 personnes deux aspects de l'alpinisme, et deux manières de "faire cordée" : à la verticale d'abord, avec un initiation à l'escalade aboutissant pour certains à une première expérience de "premier de cordée" ; dans l'environnement grandiose de la haute-montagne, ensuite, sous l'emprise de la grandeur des lieux et d'un effort nouveau. Deux manières différentes d'agir ensemble, mettant en jeu la confiance - les confiances, en soi, en l'autre -, l'appui du groupe, la nécessité de trouver un rythme commun. Dans les échanges, il a beaucoup été question de ce que le collectif apporte à chacun, même dans ces situations où c'est en soi que l'on trouve les moyens d'aller plus loin que ce que l'on croyait possible a priori. S'agit-il de se dépasser ou, comme le faisait remarquer le guide Claude Jaccoux, de découvrir ses propres possibilités ? Chacun tire matière à réflexion de ces situations vécues ensemble.