Erik Decamp

Mountain Guide

L'écume des temps

La voie s'appelle L'Ecume des jours. Elle se situe au-dessus de Thônes, à la Rosière. Calcaire blanc excellent, un vrai plaisir de grimpe, dans un cadre enthousiasmant. Calcaire. Ici, il y eut la mer. Ce que nous touchons, ce sur quoi nous nous élevons, est l'écume d'un temps si long que nous ne pouvons le penser. Je viens de voir au cinéma "La Cordillère des songes", longue méditation sur le destin du Chili. Le cinéaste nous emmène dans son rêve sur ce que la Cordillère des Andes représente pour lui : un repère, la permanence des choses, le souvenir, le dépôt du temps, un témoin sans voix des explosions qui bouleversent monde des hommes, la nostalgie d'un passé oublié, le souhait d'un retour à un monde moins brutal. Est-ce cela que désignent pour chacun de nous ces mots : l'écume des jours ?
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La promesse du blanc

C'est le genre de journée pour lesquelles il est difficile de promettre quoique ce soit, sinon du blanc, du blanc et encore du blanc ! Mais le désir d'être en montagne était plus fort que cette décourageante perspective. Nous n'aurons vu que du blanc, ne serons pas allés très loin, trouver le chemin du retour n'aura pas été si aisé, mais il en sera resté une atmosphère très mémorable, dans le silence de l'absolue perte de repères… Merci à Laurence d'avoir eu envie de partager ce moment !
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Retour amont

Ils ont tous deux beaucoup fréquenté la haute-montagne, c'était il y a longtemps. Ce genre de long temps qui, insidieusement, se transforme en l'idée que "peut-être plus jamais". Et pourtant : une rencontre au cours d'une soirée, un moment passé ensemble à simplement contempler depuis la Pointe Helbronner, et voilà qu'une envie renaît. Que "peut-être plus jamais" devient "et pourquoi pas maintenant ?". Je suis très heureux qu'ils m'aient sollicité pour les accompagner, mon souhait le plus ardent est que ce retour soit sans retour. Non pas que nous n'en revenions pas, mais qu'ils en reviennent avec l'idée qu'il y aura encore bien d'autres fois.
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L'heure lumineuse

Seuls pour traverser le glacier de Trient, seuls au col du Tour, seuls sur la petite arête qui nous mène à Tête Blanche, seuls au sommet de Tête Blanche. En dessous de nous, la mer de nuage matinale que nous traverserons à la descente dans une atmosphère cotonneuse. Je crois que nous avons trouvé ce que nous étions venus chercher. Ces moments sont des présents (des cadeaux) qui seront toujours présents. Une grâce qui nous est accordée du seul fait d'être là.
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L'heure bleue

Le col supérieur du Tour n'est plus fréquentable en cette fin de saison. Un passage a été équipé au col du Tour. Nous sommes fort aise d'y être seuls, trop de pierres instables par ici ! Seuls aussi nous sommes pour l'ascension finale de l'aiguille du Tour et cela, c'est la divine surprise. La beauté qui nous entoure infuse en nous. Jacky m'enverra quelque temps après ces mots que le spectacle du soir lui a inspirés, au refuge de Trient : "Le glacier est un fleuve blanc qui laisse aller l'esprit à des considérations présentes. En altitude, il m'élève au dessus des camisoles de ce monde. Le désert de glace console mon âme des orages de la vie et me ramène à la simplicité de mettre un pied devant l'autre. Refuge de Trient, à l'heure bleue, d'orange et d'ombres, j'imagine".
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