Erik Decamp

Mountain Guide

August 2013

Eiger, Mittellegi

Ces noms sonnent comme une promesse que la réalité n’affadit pas. « Le Mittellegi » est vraiment La course d’arête, entre terre et ciel à la montée comme à la descente vers le sud. Le couronnement de cette semaine !

Mittellegi Hütte

Le refuge Mitteleggi, à 3300m sur l’arête du même nom, est gardé lorsque les conditions sont encourageantes sur l’unique course qu’il dessert. Il l’est ce vendredi, après plusieurs jours et quelques chutes de neige. Y aller, c’est déjà sentir les prémisses de l’ambiance qui nous attend…

Magadasikara

Journée douce, escalade dans les Aiguilles Rouges. Le ciel s’éclaircit, le massif est encore plus beau avec ces nuages.

Tour Ronde

Seules les matinées sont belles, ces jours. Nous profitons d’être au refuge Torino pour gravir la Tour Ronde. Son arête sud-est, devenue une bonne alternative à la voie normale qui, en cette saison, a tout du champ de mines, offre un beau parcours en mixte crampons aux pieds. Nous sommes seuls. A la fin de la descente, nous rencontrerons deux cordées parties tardivement.

Rochefort

Nous avons remis à plus tard la perspective du Cervin, qui reçoit chaque jour de la neige. En attendant que les conditions s’améliorent, c’est à nouveau vers le Mont Blanc que nous nous tournons. Mon compagnon de cordée a déjà fait beaucoup d’ascensions, mais pas encore les arêtes de Rochefort. L’occasion est belle, le temps clair en matinée, les conditions bien enneigées donnent encore plus de charme.

D'est en ouest, le(s) Breithorn(s)

Notre semaine commence sous le signe de l’incertitude : jusqu’à hier, il faisait beau sans discontinuer depuis 15 jours mais l’instabilité s’installe. Si l’on peut dire. En fait la prévision elle-même est instable. En ligne de mire, soit le Cervin soit l’Eiger (soit les deux, mais soyons sobre&hellipWinking. En attendant d’en savoir plus, il est toujours bon de s’acclimater, et nous choisissons la traversée du Breithorn. Nous y serons seuls, dans un temps largement douteux, et une belle ambiance.

La Meije en beauté

Belle vision au cours d’une randonnée au lac de Quirlies, dans les Grandes Rousses : la Meije embellie par la présence de circaètes. Que quelqu’un me le signale si je me trompe d’oiseau, je corrigerai, merci !

Par petites touches, éviter

Le Paradis fait envie, surtout début août… Au départ de Chabod comme de Victor Emmanuel, nous savons, doux euphémisme, que nous ne serons pas seuls. Nous choisissons Chabod. Il reste à trouver les moyens de se faufiler, en jouant sur le temps et l’espace disponible, qui est grand. Un départ efficace pour ne pas se trouver au milieu de la meute. Le glacier est vaste, pas de gêne. Pour le sommet, le tour par l’ouest nous permet d’ignorer l’embouteillage. Pour descendre les rochers sommitaux, là, il faut se résigner à quelques minutes d’un croisement dont nous nous serions passés. Pour le reste de la descente, ensuite, c’est l’option ni-ni qui s’impose : ni la descente habituelle vers Victor Emmanuel, ni le glacier vers Chabod : l’arête entre les deux, avec la jolie section en via ferrata et la moraine qui ramène à Victor Emmanuel. Souvent, le désir de solitude est curieusement associé au choix d’aller là où tout le monde va, ce n’est pas le monopole du Grand Paradis. Je me serai au moins efforcé de créer, pour mes compagnons de cordée, un espace qui crée l’illusion d’être moins nombreux…

L'envie, l'appétit

Pour finir notre « session », le choix s’est porté sur la traversée des Aiguilles d’Entrèves. Un peu plus que les Marbrées, en tout, mais pas trop. C’est bien de s’arrêter en ayant encore faim...

Le plaisir, l'envie

Retour au vert - enfin, vert et rocher - pour consolider cette fragile confiance. Encore une journée vers le Brévent, un petit mix de plusieurs itinéraires aisés, dans une lumière incroyablement automnale. A ce régime, les portes s’ouvrent doucement aux envies.