Erik Decamp

Mountain Guide

Fragments de l'été d'un guide
D’habitude c’est le guide qui renâcle à s’arrêter pour que son client prenne des photos, souvenirs des courses qu’ils font ensemble. Cette année, c’est le monde à l’envers. Appareil toujours en bandoulière, j’ai vraiment l’air d’un touriste. Pourtant je dois assurer le quotidien d’un guide : être toujours vigilant, anticiper les erreurs possibles, décider à chaque moment. Ce quotidien interdit la distance requise par la photo. Je parle bien sûr de la distance du regard, celle par laquelle on choisit de s’impliquer plus ou moins dans la situation : là, je suis dedans sans rémission. Je parle aussi de la distance physique, le simple écart qui permet de choisir un meilleur cadrage : la corde m’en empêche la plupart du temps. Je parle enfin du poids qui limite le choix des appareils. Ce quotidien interdit aussi le temps de chercher un peu l’image. Autant dire que faire des photos tout en faisant le guide, j’y ai en principe renoncé. Mais comme, dans d’autres registres, trop de contrainte génère une paradoxale liberté, j’ai voulu essayer et, pour charger la barque, la règle était : un film maximum par sortie, un boitier, un objectif (28mm), un seul type de films (Provia 100), retenir au plus une photo. Englué ainsi dans le réel de ce métier, la seule liberté était de photographier ce qui constitue mon univers « à ras de la réalité ». Nous sommes dans un paysage grandiose sur lequel mes clients ont tout loisir de s’extasier, il viennent en partie là pour cela ; moi, j’ai plus souvent le nez sur les objets proches, mon attention est occupée par la technique, et ces paysages me retiennent d’autant moins qu’ils sont devenus assez familiers. Je leur demande plus que d’être beaux, ce plus c’est quelquefois le mauvais temps qui l’amène. Les personnes qui m’accompagnent comparent le réel aux images des livres qui les ont fait rêver, souvent toute l’année durant. Je vois plutôt ce qui s’en écarte, car le reste est prévisible. Ces clients sont volontiers happés par le projet de la course, et les à-côtés ne les intéressent pas trop. Moins centrée, mon attention fait moins la différence. Enfin la majesté, le sommet, les moments critiques alimentent les souvenirs de mes compagnons, tandis que c’est un détail très anecdotique, mais unique à cette fois-là, qui me restera.
01-5juin

4 et 5 Juin, Traversée des Domes de Miage. Contre la peur du vide, le brouillard.

02-12juin

11 et 12 Juin, Mont Rose. Le graphisme involontaire de la ruine.

03-20juin

29 Juin, arêtes de Rochefort. J’ai planté mon compagnon, mais il ne m’en veut pas, apparemment. Je parle de ce piolet qui ne me quitte pas depuis 1975. Il est devenu une présence familière, et me désigne maintenant ces lointains sur lesquels je n’ai guère le loisir de m’extasier. La corde se tend, je dois le reprendre en main. Le regard de côté ne peut pas durer.

04-30juin

30 Juin et 1° Juillet, traversée des Domes de Miage. Je soupçonne que cette lumière du soir est trop intense pour être honnête. Le chat du refuge des Conscrits n’en pense pas moins. Demain nous ne verrons rien et nous devrons renoncer dans la tempête.

05-4juil

3 et 4 Juillet, Aiguille Croux. Le gout de l’effort, refuge Monzino.

06-5juil

5 Juillet, Tour Ronde. Elle, toute seule, là-haut.

07-10juil

10 Juillet, Tour Ronde. Cherche-t-on l’image de soi ?

08-11juil

11 Juillet, dalles de Pré de Bar. En fait, il neige. Les fleurs de plastique ont fermé leurs pétales.

08b-12juil

12 Juillet, « Dr Jimmy », val d’Aoste. Pourquoi ce motif, pourquoi là ?

09-13juil

13 Juillet, « Lo Dzerby », Machaby. Au premier regard on les croyait sauvages ; il y avait une bergère.

10-15juil

14 et 15 Juillet, le Bügeleisen, Bergell, Suisse. Il a 78 ans. Les grimpeurs italiens que nous rencontrons s’exclament : « porca putana ! ». C’est de l’admiration.

11-18juil

17 et 18 Juillet, « Profumo prohibito ». La vie en refuge.

12-21juil

21 Juillet, dalles de Pré de Bar. Apprentissage.

13-22-23juil

22 et 23 Juillet, Aiguille Croux. Frère et sœur. Quelques minutes après nous sommes pris dans un violent orage pour descendre. Pas rassurant, mais il faudra se montrer rassurant.

14-25juil

25 Juillet, arête Midi-Plan. Au loin la Dent de Géant. De fait, le géant est édenté.

15-1aout

1° Aout, arête des Cosmiques. Mais que fait ce bagage incongru, sans son voyageur, dans les couloirs de l’Aiguille du Midi. Un terroriste ?

16-2aout

2 Août, arête des Papillons. Le soir nous allons au refuge des Cosmiques à l’heure des fantômes.

17-3aout

3 Août, Trident du Tacul. Chevelure, les fils du vent.

17bis-5aout

5 et 6 Août, Dent Blanche. Victor Saunders en action !

18-9aout

9 Août, « Venus ». Nous ne voyons rien de la journée, sauf ce signe, mais que veut-il nous indiquer au juste ? Y aller ou pas ?

19-15aout

15 Août, « Gaspard premier », aiguilles Rouges. Fin d’escalade.

20-16aout

16 Août, arête sud de la Chapelle de la Glière. Le rasoir, image pré-vue.

21-17aout

17 Août. Relâche.


22-18aout

18 Août, « Krakoukass », Brévent.


23-25aout

25 Août, « Krakoukass », Brévent. .


24-27aout

27 Août, Aiguille d’Entrèves. No comment.


25-5sept

5 Septembre, arête des Papillons. Le fils regarde le père.


26-9sept

9 Septembre, arête des Cosmiques. En numérique, j’enlèverais les cables….


27-11sept

10 et 11 Septembre, Dent Blanche.


28-12sept

12 Septembre, Chamonix. Mauvais temps, rentrée des classes, fête foraine.


29-13sept

13 Septembre, Aiguille du Midi.

30-16sept

16 Septembre, Mont Blanc du Tacul. Fin de la saison.